Les cartes du poker planning et le jeu à choisir

Le jeu que vous choisissez façonne la discussion. Les chiffres appellent la précision, les lettres appellent les ordres de grandeur, et l’écart entre deux valeurs décide de la quantité de débat qu’une seule user story peut produire.

Pourquoi la suite de Fibonacci

Le jeu classique va de 0 à 21 : 0, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21. Les écarts grandissent en même temps que les valeurs, et c’est tout l’intérêt. Personne ne sait distinguer de façon fiable une user story à 20 points d’une user story à 21 points, donc une échelle qui propose les deux ne fait qu’ouvrir une discussion sans enjeu. Arrivé à 13, les options honnêtes sont 13 ou 21, et choisir entre les deux est une vraie décision sur le périmètre.

L’effet pratique, c’est que les grands nombres deviennent inconfortables, et c’est sain. Une user story qui atterrit sur 21 vous dit généralement qu’elle aurait dû être découpée en trois.

La suite mathématique exacte importe moins que la progression. Ce que vous cherchez, c’est une échelle où chaque palier représente un saut perceptible, pour que le choix d’une carte soit un jugement et non un arbitrage à la marge.

Comparer les jeux de cartes de planning poker

Fibonacci

Story points au niveau du sprint

  • 0
  • 1
  • 2
  • 3
  • 5
  • 8
  • 13
  • 21
  • ?

Les écarts s’élargissent à mesure que les chiffres montent, ce qui reflète la perte de précision des estimations sur les gros sujets.

Suite de Fibonacci modifiée

Équipes qui estiment une large amplitude

  • 0
  • ½
  • 1
  • 2
  • 3
  • 5
  • 8
  • 13
  • 20
  • 40
  • 100
  • ?

Ajoute un demi-point en bas de l’échelle, remplace le 21 par un 20 et ouvre le haut avec 40 et 100, pour les epics qui n’ont besoin que d’un ordre de grandeur.

Tailles de t-shirt

Premier dimensionnement rapide

  • XS
  • S
  • M
  • L
  • XL
  • XXL
  • ?

Supprime la fausse précision des chiffres, ce qui accélère nettement un premier passage sur le backlog.

Suite séquentielle

Tâches petites et comparables

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • ?

Des paliers réguliers conviennent au travail dont les éléments se ressemblent réellement en taille.

Puissances de deux

Infrastructure et spikes

  • 1
  • 2
  • 4
  • 8
  • 16
  • 32
  • 64
  • ?

Le doublement force une vraie décision à chaque palier au lieu de couper les cheveux en quatre.

Quand les tailles de t-shirt valent mieux que des chiffres

Les tailles de t-shirt fonctionnent quand l’équipe estime quelque chose qu’elle ne comprend pas encore assez bien pour y mettre un chiffre. Un début de feuille de route, un backlog que personne n’a affiné, une phase de cadrage : tous ces cas s’y prêtent. Une taille porte exactement la quantité d’information dont vous disposez à ce moment-là : plus gros, plus petit, à peu près pareil.

La contrepartie est que les tailles ne s’additionnent pas vraiment. Additionner les M et les L d’un sprint pour en tirer une vélocité ne veut pas dire grand-chose. La plupart des équipes commencent en t-shirt pendant la découverte, puis basculent sur Fibonacci quand le travail est compris assez finement pour planifier un sprint autour.

Une astuce répandue consiste à établir une correspondance entre les deux échelles, du type S = 2 et L = 5. Elle rend le passage de l’une à l’autre moins brutal, à condition de la considérer comme un point de départ pour un revote et non comme une conversion automatique.

Autant le dire franchement : c’est exactement cette correspondance que SprintsPoker applique. Chaque taille porte un poids numérique derrière la lettre, S valant 2 et L valant 5, sans quoi la salle ne pourrait afficher aucune moyenne. La moyenne d’une manche en t-shirt existe donc, mais lisez-la comme un centre de gravité de la discussion, pas comme un score dont on planifie un sprint.

Les deux cartes que l’on oublie

Chaque jeu proposé ici contient un point d’interrogation et une tasse de café. Les deux comptent plus qu’il n’y paraît.

Le point d’interrogation signifie « je n’ai pas assez d’éléments pour estimer ». Sans lui, un votant incertain choisit une valeur moyenne pour ne pas avoir l’air perdu, et cette supposition entre dans la moyenne comme si c’était un avis. SprintsPoker compte les points d’interrogation dans le pourcentage d’accord mais les exclut de la moyenne, parce que faire la moyenne d’un aveu d’incertitude produit un chiffre factice.

La tasse de café demande une pause. La qualité des estimations chute nettement après une quarantaine de minutes, et offrir un moyen socialement facile de le dire coûte moins cher que les mauvaises estimations d’une équipe fatiguée.

Cartes physiques ou en ligne

Un jeu de cartes de planning poker en carton garde un avantage réel quand toute l’équipe est dans la même pièce : retourner une carte est plus rapide que n’importe quelle interface. Dès qu’une seule personne participe à distance, l’avantage s’inverse, parce qu’il faut alors que quelqu’un lise les cartes à voix haute et les retranscrive.

Un outil en ligne apporte trois choses que le carton ne peut pas offrir : le décompte automatique de l’accord, la trace des manches précédentes, et la certitude que personne n’a vu les autres votes avant la révélation. Pour une équipe mixte, c’est ce qui décide.

En choisir un et s’y tenir

Le pire scénario est de changer d’échelle en cours de backlog. Les points d’un sprint estimé en Fibonacci et ceux d’un sprint estimé en séquentiel ne sont pas comparables : votre historique de vélocité cesse alors de vouloir dire quoi que ce soit. Choisissez un jeu, utilisez-le pendant un trimestre, et ne changez que délibérément.

Pour ce que les chiffres eux-mêmes devraient représenter, lisez le guide de l’estimation en story points. Pour le déroulement d’une manche, le guide des règles du poker planning couvre les rôles et les cas de revote.